Pour notre compte, voyager, ce n'est pas partir à la découverte d'une ville. Chez nous, voyager, c'est partir dans un autre cadre visuel, olfactif, auditif. Voyager, pour nous, c'est laisser transcender notre esprit devant ce que la nature a de plus beau. Alors aujourd'hui, nous vous invitons, raquettes aux pieds, à la découverte du sentier des mines, au dessus de Martigny.
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Parce que l'époque s'y prête, nous voici à vous livrer notre dernière rando en date. Parce qu'en seconde semaine de ce mois de janvier la neige n'était annoncée qu'à partir de 2600 m d'altitude, plutôt que d'aller arpenter à raquette les sentiers caillouteux, il nous a paru plus sage de nous évader en vous contant nos aventures.
Le jour des 30 ans de Ted, nous avons tout de même été honorés d'un jolie 60 cm de belle poudre. Suivi d'un jour éclatant d'un bleu ciel, ce jour appelait tant à sortir, à respirer ce bon air bien frais, bien sec. Oui, vous l'avez bien compris, ce bon air qui invite à l'évasion, aux escapades. Cet air d'une blancheur enivrante rimant avec dégourdissement des gambettes.
Le ton était prit depuis la veille.
Levés tôt, nous préparons tout le matos du bon raquetteur hivernal.
Le sac à dos se rempli :
La carte au 1:25 000 ème de la région à fouler
La boussole
La ripaille
Les couches thermiques pour pas cryogéniser à la moindre pause
Les bâtons télescopiques
Les ARVAs aux piles neuves et dont le fonctionnement est vérifié avant le départ
Les bonnes chaussures quelles sont bien chaudes et bien étanches
Les lunettes de soleil
L'appareil photo
Et bien sûr, l'essentiel, les raquettes qui nous éviteront d'avoir de la neige jusqu'aux roustons
Nous vous passons le détail du trajet jusqu'au point de départ. Tiens, au passage, c'est pas une étrangeté de notre langue, ça ? On se rend au point de départ. La logique ne voudrait-elle pas qu'on se rende plutôt au point d'arrivée ?
Bon, passons, laissons les neurones s'exciter sur d'autre petites choses, sur ces chaussons synthétiques que nos chaussures vont continuellement piétiner tout au long de la rando.
Notre départ se fait à Chemin-dessus, sur les hauteurs de Martigny, en plein Valais Suisse. 1100m d'altitude, la neige y est ici un peu moins présente que là ou nous étions la veille (même altitude, mais aux Marécottes, autre vallée). Vallée, Valais, valet, vas laid, grrr, encore de quoi s'y perdre dans les méandres de notre langue de communication. Tu m'étonnes qu'y en a qui se tapent dessus pour mauvaise compréhension mutuelle....
Bon, le but ici est de suivre les indications du topo, non suscité, mais non moins bien rangé dans nos bagages. Oups, koikeC qu'un topo nous demanderont certains. Ben, on vous laisse aller vous dégourdir les yeux aux travers d'une googlesque recherche, parce que nous ne sommes pas là pour parler de ça ! Ici, on parle raquette, on parle neige, on parle évasion, pas de prise de tête avec ces définitions à la noix, dont l'huile, soit disant passant a très bien relevé le défi d'agrémenter l'assaisonnement de la salade qui nous a rempli le bide en cette soirée.
Nous disions donc, ce 'tit bout de papier qui nous indique le chemin à suivre, nous informe que nous nous lançons vers la découverte du sentier des mines. Oui, celles qui explosent, celles qui ont fait des morts et des blessés. Oui, celles qu'il ne fait pas bon découvrir. Je parle bien des mines, salaires de la peur de tant d'ouvriers qui ramaient pour si peu.
Qu'est-ce qu'on peut causer nous, tout ça, et nous sommes toujours pas sortis de la voiture. Tout ça, et nous ne vous avons pas même encore parlé de ce petit village si récemment découvert par nos yeux et notre cœur, et qui, si l'école qui lui est attitrée n'était pas celle de la grande ville qui pue d'en bas, deviendrait fort probablement notre village, celui ou nous nous installerions bien en attendant la fin des études du 'tit ange avant de s'évader totalement et sans limites. Ce petit village qui a touché le cœur des trois anges que nous sommes, est excellemment bien placé, et pourtant, très peu habité. Bien situé, oui, parce que lorsque vous cherchez ou vous pourriez vous installer en altitude, y'a un sacré boulot de recherche à vous farcir. Si comme nous, la déprime n'est pas votre alliée, il faut tenir compte de l'ensoleillement du terrain, de la proximité plus ou moins raisonnable de votre lieu de travail, de la tranquillité environnante, de l'accessibilité du lieu en hiver, et j'en passe. Ici, le soleil, durant les plus courtes journées de l'année, donne à partir de 10h30, ce qui est plutôt bon pour un village d'altitude, d'autant qu'il ne s'en cache qu'à partir de 16h, ce qui n'est pas mal non plus, et surtout très très rare si l'on en croit tous les villages que nous avons visités. Le top aussi, c'est qu'il se trouve sur un mini-plateau, pas sur un flanc de montagne lui imposant d'avoir à subir les assauts phoniques des turbulences urbaines, autoroutières et ferroviaires de la vallée qu'il surplombe. La route qui y mène est trois fois intéressante. D'une, elle s'avale rapidement jusqu'à la gare de la grande ville d'en-bas (oui, celle qui pue, Martigny), environ 15 minutes sur route mouillée. De deux, il s'agit d'une route postale donc bien déneigée, normalement, l'hiver, ce qui est gage d'un moindre temps supplémentaire pour rejoindre la gare. De trois, il s'agit d'une route postale (Quoi, on l'a déjà dit ? Ben tanpis pour vous, on s'en fou, on continue). De trois, il s'agit d'une route postale (Quoi, on l'a déjà dit ? ...) De trois, il s'agit d'une route postale, et donc constamment empreintée pour les bus postaux reliant ainsi ledit village et ladite grande ville qui pue et qui génère tant de bruit dans la vallée. Entre le Mont Chemin, le Catogne, le Mont de l'Arpille et le Mont Fully, ce petit village arbore une petite centaine de chalets. Des plus beaux que les uns, des plus petits que les autres, mais heureusement, très peu d'immondes habitations exubérantes dans ce havre montagnard qui semble tout faire pour le rester. Que du bon quoi, ou presque. Dommage pour cette école.
Derrière l'église que nous dit le topo. Oui, derrière l'église, le sentier des mines débutera. Raquettes sur les sacs pour cause de rues trop bien dégagées, nous découvrons derrière ladite église, deux habitants de cette contrée. Le bénisseur, coureur des jupons de la brayeuse, tous deux à imprimer les traces de leurs tournage en rond dans cet enclos toujours trop petit. La neige s'accroche à leurs poils, mais c'est bien moins poilant que de nos Chipie et Tigrou, les deux autres poilus à courtes pattes de la maison, les deux miauleurs, qui gambadent dans une neige qui devient leur camouflage à chaque nouveau pas. Pour ces deux derniers, suffit de sautiller de pas en pas, et chaque atterrissage se transforme en tranchée pour mieux se cacher et se protéger des assauts du dernier poilu de l'histoire, le poilu aboyeur.
De l'autre côté de la ruelle, oui, derrière l'église (on vous l'a dit, on est bavards ce soir), jaillit du sol, tel un drapeau national arborant fièrement la terre conquise, un panneauceau nous orientant vers le début de la balade. L'introduction est plutôt aguicheuse. A arpenter ainsi le vieux village, nous découvrons sa composition qui se résume à 4 ou 5 maisons d'antan. De celles qui aiment à exhiber leurs pierres, de celles qui se couvrent d'ardoises mal découpées. De celles qui ravissent nos yeux, de celles qui feraient rêver plus d'un de nos lecteurs.
La sortie du village se fait par le sentier pédestre indiqué par ce jaune petit panneauceau. Ce dernier n'a pas encore l'âge d'être appelé "panneau". Sa majorité arrivera lorsqu'il quittera sa jaunisse.
L'asphalte se fait bouffer du terrain par la caillasse, la terre, le sable, la mousse, le sel. A croire que l'on foule un sentier et non plus une ruelle. Les sacs à dos passent alors à terre. Le soupçon d'intelligence que nous prenons toujours avec nous, nous invite à faire un pas de plus pour déposer ces lourds fardeaux sur une partie du sentier recouverte de ce doux revêt de neige, évitant ainsi l'achat d'un K2R ou autre VanishActionPlusFortQueToutesLesTâchesJTeLesTue en guise d'issue à la rando.
Deux sangles sauvagement relâchées libèrent les raquettes toutes aussi jaunes que le panneauceau qui est déjà à l'origine de tant de touches de clavier usées. Consciencieusement, entre le pouce et l'index, nous exerçons une belle pression sur les bouchons de pointe. Une par une, en les tirant vers l'extérieur, nous les retirons pour donner une bouffée d'oxygène à ces pointes étouffées depuis déjà bien trop longtemps. Sangles passées autour des grosses pompes, enfilées pour l'occase, articulation déverrouillée, cales de montée installées, flexion, extension des biscotos, et c'est parti. Les premiers mouvements paressent toujours faciles. Les membres sont légers, les doigts détendus devant l'épreuve de dextérité qui les attend. Ils tirent, et "scraaaatcheuhhh", les bâtons sont à leur tour libérés. On vit, on dévisse, on pousse, on tire, on règle, on resserre le tout, et c'est parti. Les premiers mouvements paressent toujours faciles. Les membres sont légers (Quoi, on l'a déjà dit ? allé, nous avons pitié, on vous la r'fait pas celle-là.) jusqu'à ce qu'ils s'emparent solidement de ce foutu sac à dos, toujours aussi lourd à mettre sur le dos. Les sangles sont réajustées. Bien serrées sur les hanches pour épargner les épaules et le dos, et c'est parti. Les premiers mouvements paressent toujours faciles. Les membres sont légers (Quoi encore...), jusqu'à que cette foutue hanche s'exprime une fois de plus. Etirements, marche, étirements et re-marche auront raison de sa parole. On lui a cloué le bec comme il se doit. Elle ne poindra le bout d'une nouvelle plainte qu'à la prochaine virée randonesque.
La grimpe se fait, pour l'instant en tout cas, assez aisée. Le sentier vire vers le sud du fond du village. La neige y est abondante, de quoi apprécier l'utilisation des raquettes. En longeant ainsi la vallée de Bagnes, celle qui héberge la célèbre station de Verbier ou les fous du freeride s'en donnent à cœur joie chaque année, nous longeons aussi le Catogne, qui, vu d'ici, parait d'une taille bien en dehors de la norme que notre humanité s'est donnée. A croire que les normes alpines diffèrent des nôtres. Faut dire, ses 2598 m ont de quoi imposer le respect !
La pente se fait plus prononcée, tout comme la poudreuse. Les traces de passage de quelques bipèdes sont bien visibles, mais rapidement, elles laissent place aux cris des marmots qui se perdent totalement dans leur jeu qui, au passage, parait bien stupide. Même en y regardant d'un peu plus près, impossible d'en comprendre le but. Munis d'un véhicule venus sans nul doute d'un autre monde, les voilà à gueuler à tue tête dans leur descente invoquant une certaine frénésie, puis, comme en panne de carburant, il sortent de leur moyen de transport, qu'ils transforment alors en toutou obéissant, et, par leur laisse, le traîne jusqu'à revenir au point de départ. Boule de poils redevenue moyen de location pour gamins en furie, ils réitèrent inlassablement le même spectacle. Allez comprendre. Y'en a qu'on vraiment que ça à faire...
Au loin, derrière la forêt, encore un peu plus loin, au bout de la vallée de Bagne, se dessine en tableau décoratif, la courbe du Grand Gombin, qui, fidèle à ses habitudes, est encore une fois vêtu de sa cape blanche. Nous avons eu beau demander à des experts, personne n'a encore su nous dire comment il est capable de supporter toujours la même vêtement été comme hiver. Certains ont bien tenté de nous dire que ses 4314 m lui octroyaient une certaine éternité blanchâtre, mais nous osons toutefois nous permettre de garder un certain scepticisme à l'égard de cette explication qui parait, vous en conviendrez certainement, venue d'un fond de bouteille d'absinthe.
Les traces s'éparpillent aux aléas des bifurcations franchies, et nous voilà à suivre le balisage symbolisé par un petit lutin armé d'une pioche à minerai de fer.
La nature s'y met elle aussi. Ben oui, pourquoi n'aurait-elle point droit au voyage. A sa manière donc, elle y participe. Tel le pin's le plus à la mode de nos jours, les arbres revêtent ce balisage, nous guidant à chaque pas vers la direction à prendre pour suivre le sentier des mines. La nature est très généreuse et ne fait preuve d'aucune sournoiserie. Pas moyen de se perdre avec ce balisage. Il faut avouer que l'on a un brin de chance dans nos bagages. La neige tombée la veille a été soufflée du bon sens et ne recouvre donc pas nos macarons indicateurs.
Quelques pancartes informatives ornent le sentier. Nous voici devant la première d'entre-elles. Ici, nous apprenons que les gisements que nous allons découvrir étaient les plus importants du Valais, devant ceux des Mayens-de-Chamoson et de Grund-Ganter près de Brigue. Il nous est précisé que les roches du Mont Chemin (qui nous concernent donc), formées dans la nuit des temps, ont été enfouies et "cuites" lors de l'apparition de la chaîne de montagnes hercynienne, il y a 300 millions d'années. Ces roches cuites sont appelées roches métamorphiques. Par dessus, des sédiments calcaires ou argileux se sont accumulés lorsque le tout se trouvait encore au fond de la mer. La formation des Alpes a fait jaillir des sédiments hors de l'eau. De l'époque hercynienne, nous avons hérités le minerai de fer, la fameuse magnétite qui était exploitée sous forme de filons appelés "lentilles".
Entre stalactites et belle poudre, nous suivons le sentier percé dans la forêt. Les arbres ont beaucoup grossis durant les fêtes, leur enveloppe de neige, pourtant d'aspect bien grassouillette, les mets en valeur dans un paysage toujours aussi beau, surtout par ce temps que même l'été aimerait vivre.
Lors d'une petite pause le long du chemin, nous sommes subitement surpris par une chevauchée sauvage. Une écuyère se promène avec sa grande jument. Telle une connaisseuse des réactions humaines, la conductrice de ce bolide nous annonce rapidement "Ne bougez pas". Dit très calmement mais si promptement, ces mots reflètent le respect et la confiance qu'elle confère à sa jument. Contempler le galop d'un cheval en pleine neige fait un beau spectacle. Toutefois, la rapidité de la scène ne permet pas d'empoigner l'appareil photo pour vous en offrir le plaisir visuel.
Le sentier change de versant. Nous voici donc du côté de la vallée du Rhône. A nos pieds, Martigny, devant dans la vallée, le Rhône, puis le lac Léman tout au loin, A droite, la vallée du Rhône aussi, mais cette fois, en direction de Sion, du Valais-central et du Haut-Valais. En face, mais en hauteur, une magnifique vue sur les Dents du Midi et la Dent de Salantin (qui m'appelle depuis tant de temps d'ailleurs). A gauche, la montée vers le col de la Forclaz qui mène à Chamonix.
Altitude 1370m, nouvelles informations nous concernant. Il y est écrit : Ce site d'extraction du fer a été fouillé par les archéologues. Il date de l'époque mérovingienne (VIIè siècle après J.C.). Les besoins en fer de cette époque étaient de l'ordre de 20 Kg par homme pendant toute sa vie. Ce fer servait à forger des outils (clous, araires, etc...) et des armes.
(NDLR : Je serais curieux de connaître la quantité de fer que nous consommons aujourd'hui.)
Le sentier oscille entre légères descentes et plat total. Les parties bien protégées par la forêt ne sont recouvertes que de quelques petits centimètres de neige qui se colle directement sur les raquettes. Ici donc, derrière nos pas, l'herbe brune réapparaît. Tel des ours en liberté, nous laissons derrière nous les traces de notre passage. Je ne sais pas combien de races animales savent reconnaître nos traces, mais nous, nous reconnaissons aisément les traces d'un chien qui est passé visiblement avant nous. En suivant du regard ces traces, tout porte à croire que Médor devait être d'une humeur plutôt joviale. Tout le long du sentier, ces traces ne cessaient de s'égarer à droite et à gauche du sentier.
Ca y est, 1349m et enfin une galerie. Le minerai de fer du Mont Chemin est la magnétite, un oxyde de fer naturellement aimanté. C'est une roche lourde et noire qui contient jusqu'à 60% de fer métallique (densité du minerai : 4 à 4,5). Cette galerie mène à la "lentille IIa" qui a livré 13 000 tonnes de minerai pendant la seconde guerre mondiale. (Ah, on vous avait pas dit ? La Suisse ne connait pas la neutralité, mais plutôt l'avantage des profits ;) ).
Au détour d'un arrêt vidange-randonneur, notre regard s'en prend à la cime d'un sapin. Ce sapin se croit encore à noël : le rayon de soleil qui en éclaire la pointe lui confère l'allure d'un sapin de noël. La photo est un peu floue, mais bon, contentez-vous donc un peu de ce qu'on vous met sous les yeux, nanmé ;)
Un peu plus loin, et tant qu'on est dans les histoires de sapins, un panneau d'informations nous informe (plutôt sympa de la part d'un panneau d'informations, non ? Sont bien éduqués les panneaux du coin, vous trouvez pas ? )... Nous disions donc, qu'un panneau d'informations nous informe de comment que c'est qu'on fait que pour reconnaître un sapin blanc d'un sapin.... ben, d'un autre sapin quoi. On a hésité un peu à vous donner la recette, parce qu'il faut avouer que la méthode est assez osée à notre goût, mais bon, on vous fait confiance, alors tâchez de garder ce petit secret pour vous, et surtout, tant que cela vous est possible, faites votre possible pour éviter de chercher à savoir si le sapin qui vous fait face est un sapin blanc ou non.
Tout d'abord, et par mesure de courtoisie, présentez-vous au sapin qui se trouve devant vos yeux. Oui, une belle révérance est de mise. Tendez-lui la main, serrez-lui, très légèrement, la branche, et profitez-en pour regarder la taille de ses aiguilles. Là est toute l'information qu'il vous faut. Si ses aiguilles sont fines, c'est déjà un bon signe de reconnaissance, mais allons plus loin, enfin, tentons, parce que la petite affaire qu'il vous à accomplir n'est pas des plus aisées en fonction du caractère de l'individu. Certains se laisseront empapaouter par une sournoise mascarade, d'autre se laisseront délibérément faire, alors que d'autre encore, risqueraient de ne pas apprécier du tout votre geste. Ce dernier consiste, au moyen d'une contorsion subtile, d'aller voir sous la jupe du sapin pour découvrir si oui ou non, ses aiguilles présentent deux bandes blanches sur leur face inférieure. Si tel est le cas, vous venez d'offusquer un sapin blanc et s'il venait alors à vous répondre que son nom est Sapin Pectiné, ne vous méprenez point, il s'agit de son nom de scène. Toutefois, ces quelques peu hazardeuses présentations faites, nous vous invitons à vite vous excuser et à vous retirer dans les plus brefs délais. Avoir violé, de la sorte, l'intimité d'un centenaire, voire même d'un tri-centenaire, peut vous valloir une belle coulée de neige dans la nuque.
Mais revenons un peu à notre Sentier des Mines.
Chaque entrée de galerie est décorée d'une belle indication expliquant l'interdiction d'y rentrer. Faut dire, nous ne sommes plus trop "hommes des cavernes" (quoique, certains....), et sincèrement, nous enfourner dans une "lentille" ou tant de gens ont du périr sous des éboulements, ça ne nous inspire étrangement guère.
On remonte très légèrement pour se stopper à 1350m devant d'entrée d'une autre "lentille": De celle-ci a été extrait 26 000 tonnes de minerai de fer pendant la seconde guerre mondiale. On y apprend que le coût de l'extraction du minerai était d'environ 52.- CHF (soit environ 30 euros) par tonne, alors que le prix de vente variait entre 25.- et 40.-. L'exploitation n'était donc pas rentable. En 1942, on offrait un salaire horaire de 1.40 à 1.70 CHF pour un mineur qualifié. Pour la nourriture et le logement à l'hôtel du Mont-Vélan, on demandait aux ouvriers 4.- par jour. Sglurps, z'étaient pas très efficaces les syndicats de l'époque :(
Pendant la seconde guerre mondiale, ces mines étaient équipées de chemins de fer à voies étroites, appelées voies Décauville. Ces voies permettaient le transport de très lourdes charges dans les galeries. Elles servaient aussi bien au convoyage du minerai qu'à celui des déblais stériles, des bois d'étayage ou même du personnel de la mine. Tu crois qu'ils y faisaient des courses de wagonnets ? Tu crois qu'Indiana Jones est passé par ces mines pour s'entraîner avec le tournage ? Le minerai était ensuite déversé dans un chenal de bois qui l'amenait à un téléphérique, aujourd'hui disparu.
Vous en avez de la chance ! On a pensé à vous durant ce petit périple. On vous a rapporté une belle photo d'un wagonnet abandonné, retrouvé dans une des galeries. Les mœurs ont bien changées, et aujourd'hui, ce wagonnet ne "sert" plus qu'à entreposer les flocons de neige jusqu'à ce qu'ils fondent.
Tiens, en écrivant ce texte, on en profite pour refaire le tour des photos correspondantes, et nous sommes tombés sur une petite phrase qui nous plait bien. Un panneau indique ainsi : Actuellement, les boisages des travers-bancs sont complètement pourris et les galeries se comblent lentement au cours des années. La nature reprend ainsi ses droits, masquant les entrées et les puits de ventilation des galeries. Perso, on aime bien, et VIVE LA NATURE !
Ce même panneau nous indique aussi que les galeries ne pouvaient pas être percées directement dans l'axe du filon, mais on les atteignait latéralement à travers des roches stériles, par une galerie appelée travers-banc. Malheureusement, les roches traversées par ces travers-bancs sont ici des schistes, particulièrement friables et instables, ce qui nécessitait un soutènement en bois afin d'éviter l'effondrement de la voûte de la galerie. Ces travers-bancs ont causé beaucoup de soucis aux mineurs. Il fallait en surveiller et entretenir constamment les boisages. D'énormes quantités de bois étaient nécessaires à la sécurité de l'exploitation et la forêt du voisinage en a payé les frais...
Le sentier ressemble à ce qu'il était avant. Rien de plus, rien de moins, juste quelques belles percées pour contempler sous un autre angle, les sommets précédemment cités. Toutefois, les 1250m d'altitude ou nous nous trouvons nous renseignent de l'approche de la fin du sentier des mines
Au fait, on ne vous a pas dit ? Le magnétisme naturel du minerai du Mont Chemin a été mis à profit de deux manières différentes :
- Entre les deux guerres mondiales, des prospections au magnétomètre permirent de dresser une carte de toutes les anomalies magnétiques et de découvrir de grandes lentilles de minerai cachées sous les moraines.
- Pendant la seconde guerre mondiale, le tout-venant sortant des mines était broyé, puis passait dans un grand cylindre tournant magnétique, qui permettait de séparer facilement le minerai riche de la gangue stérile.
Le chemin redescend peu à peu vers le village de notre départ, mais les images fusent dans ma tête. Ces grandes étendues forestières recouvertes de neige ne peut que nous appeler à l'évasion encore plus profonde. Peut-être est-ce la réponse à ce que notre vie attend de nous. Je nous vois alors, complètement retirés, sur une terre ou l'homme n'est pas beaucoup allé. Une cabane en bois, un feu de cheminée pour faire chauffer la ripaille, et dehors, la neige qui tombe à gros flocons. Le vent souffle fort, ce n'est pas une journée à sortir, et pourtant, nous n'avons pas trop le choix. Ce soir, sur le feu, chauffe notre dernier bout de gras qui se perdait tout seul dans notre réserve. Il faut chausser les grosses raquettes, le blouson, et aller voir ce que la nature nous réserve pour les jours à venir. La débâcle a déjà commencé et les rivières s'animent de nouveau. Peut-être aurons-nous droit à quelques saumons, mais la rivière reste bien loin pour tenter de l'approcher par ce temps.Peut-être ce sera un carribou, peut-être un ours, qui sait..... ***** Mode Rêverie = OFF ****
Nous voici de retour devant le Mont de l'Arpille. Par rapport à ce matin, il n'a pas bougé. Par rapport à ce matin, il est toujours aussi blanc. Il doit pas être bien le pauvre, une journée complète à être blanc de peau à ce point là... On l'a pourtant bien invité à aller consulter sur le champ, mais on vous raconte pas comment c'est entêté une montagne... Bref...
Nous disions tout à l'heure que la nature a su reprendre son bien. Ici, l'homme a su démolir totalement un paysage. Nous ne la voyons pas d'ou nous sommes, mais nous la connaissons par cœur tellement elle est visible de la vallée. Aujourd'hui, par contre, nous sommes juste dessus. Dessous ces grosses lignes à haute-tension, mais directement sur cette tranchée forestière qui a totalement séparé en deux le versant nord de cette forêt. Bouhhhhhhhhh.
Au fait, saviez-vous que le petit vallon que suit le sentier que nous arpentons depuis ce matin, est une curiosité géologique à lui tout seul ? Il y a de cela à peu près 25 000 ans, le glacier du Rhône a creusé la roche en place (des gneiss du massif du Mont-Blanc). Lors de son retrait, il a laissé derrière lui des lambeaux de moraine (il aurait pu faire le ménage tout de même, nanmé), qui confèrent au site cet aspect de chemin creux. Le Sacellat recèle une galerie datant probablement du XIXè siècle, d'ou on a extrait le fer. Il y a donc à peu près 25 000 ans, le glacier du Rhône recouvrait notre vallée du Rhône jusqu'à une altitude de 2500 m. A noter que le niveau actuel de la plaine du Rhône est d'environ 500 m d'altitude. Ca retourne un as de pique, non ?
Dites, ça vous laisse sur votre faim si on vous disait que c'est déjà fini ?
Ben tanpis, parce que c'est vrai, mais pas de soucis, on vous fera encore voyager sous peu.
Fab et Ted!
Je vous livre une petite aventure personnelle. J'espère qu'avec, vous vous échapperez, l'espace de sa lecture, du stress quotidien. Alors, si le cœur vous en dit, bonne balade à vous.
Dimanche 17-12-2006 :
Ca y est, c'est parti, elle est là. Enfin, les cimes sont enneigées. Enfin, les montages sont toutes blanches. Et quoi de mieux qu'un dimanche au ciel tout bleu pour contempler la splendeur de ce nouveau tableau peint durant la nuit ?
Nous sommes à Forel, au nord de Lausanne, en plein canton de Vaud helvète. Au nord-ouest, derrière la colline, se dévoilent les crêtes du Jura. Toutes aussi éclatantes de blancheur les unes que les autres. Certains sommets se distinguent facilement. Au plus proche, le Suchet (1588m), forteresse de ma ville d'habitation (Orbe). Un peu plus à l'ouest, la Dent de Vaulion (1483m), le Mont-Tendre (1679m) (les petons de ma mère doivent encore s'en souvenir). Un peu plus loin encore, l'observatoire de la Dôle (1677m), le col de la Faucille (N5 entre Dijon et Genève), le Colomby de Gex (1688m) et le Crêt de la Neige (1718m), point culminant du massif. Près de 50 Km de vue dans ce sens, tandis que de l'autre, bien moins connu, on y voit presqu'aussi loin. Le Chasseron (1607m), le Chasseral (1607m), puis, on s'écarte de plus en plus vers une langue d'un autre goût.
A propos, vous connaissez le switzerdeutsch ? Si, le suisse-allemand. Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi ils mettent Allemand dans ce nom, puisque les deux peuples concernés ne se comprennent quasi-pas. Aller, un petit cours orthophoniste. Dites, en tant que Français, vous trouvez que l'allemand est une langue rude, horrible à écouter parfois ? Vous avez toujours l'impression que pour parler la langue de Goethe il faut cracher à plein mots ? Ben, en fait, l'allemand est une douce et très reposante mélodie à côté du switzerdeutsch. Cette dernière, est en fait une langue proscrite par beaucoup d'ORL. Ces derniers mettent d'ailleurs en garde sur le fait qu'une exposition prolongée à cette langue peut avoir de graves répercutions inébranlables de l'audition. A noter aussi que la sécurité sociale se dégage de toutes responsabilités en la matière et se fera une joie, suite aux récentes mesures prisent par votre cher gouvernement, de ne rembourser que nenni pour les remèdes qui viennent enfin de faire surface sur le marché de la médecine lourde... Oups, je m'égare là…
Je disais donc, enfin, mes yeux disaient… A l'est, le Mont-Pèlerin (1080m) est tout proche. Sa forêt accueille une épaisse couche de neige fraîche. Ca donne vraiment envie d'y aller, d'autant qu'en tendant le bras, j'ai l'impression de pouvoir la toucher. Mes yeux restent les mêmes, toujours et inlassablement attirés par la dureté du paysage alpin. En ce dimanche, les pans abruptes, les falaises et les sommets du Chablais se reflètent à ma vue sur le calme plan du lac Léman. Ils viennent taillader le bleu éclatant du lac par leurs courbes blanchies, par leurs silhouettes sommitales. Et hop, mon esprit divague et se croit déjà en hiver, en pleine rando enneigée.
Mais soudain, on m'interpelle, je me retourne et retrouve la réalité. Mes pieds ancrés sur l'asphalte du parking et nos obligations de la journée m'éloignent totalement de mon rêve.
Lundi 18-12-2006 :
Il est 5h30, Orbe s'éveille et une journée de travail débute. Les mains dans l'huile toute la journée, je n'ai d'yeux que pour le monde extérieur. Derrière la fenêtre, l'air pur et vivifiant de fraîcheur m'appelle, le Jura toujours aussi blanc me tend ses bras.
Tandis que le soir, sur l'autoroute, rentrant chez moi, je n'ai plus qu'une idée en tête. Y aller, oui, simplement y aller. Juste une heure ou deux, ce serait déjà bien. Raquettes aux pieds et bâtons dans les mains. Juste y aller pour contempler différemment les excellents couchés dont le soleil nous gâte en ce moment. La tentation est grande, mais la frustration l'est tout autant. Et dire que demain, y'a boulot, c'est d'un frustrant obscène, voire même une frustration quelques peu sournoise…
Il ne m'aura pas fallu grand temps avant de me lancer, Vite fait, mais bien fait, tout est préparé et repose devant la porte d'entrée, mais en attendant de m'occuper d'eux, un bon gros dodo est la bienvenue.
Mardi 19-12-2006 :
Orbe se réveille aujourd'hui à 5h00. Vi, maman m'a toujours dit : « l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt », alors, vous l'aurez deviné seuls, je me lève tôt ;) Ben vi quoi, je ne compte pas laisser ma part d'avenir à un inconnu, ça va ou bien ? ;)
Le coffre du break est bien rempli, mais avant toute chose, une petite journée de 9h de boulot m'attend.
Courte journée aujourd'hui, je compte bien pouvoir profiter du couché de soleil comme il se doit. Malgré le temps couvert de la matinée, le ciel se dégage dans l'après-midi, bon présage pour les heures à venir. Je parque alors la voiture sur le parking entre le col du Mollendruz et le village de l'Abbaye. Il est recouvert de neige et je me remercie d'avoir pensé à prendre dès le matin mes chaussures d'hiver que j'avais oubliées depuis l'hiver passé.
Les travailleurs rentrant chez eux font une drôle de tête lorsqu'ils me voient en calbute ou torse nu pendant que je me change. Faut dire, le thermomètre n'est pas bien haut et n'indique qu'un petit 0°c.
Le sac à dos est lourd, rempli complètement de ses 70 litres, ajoutés les surplus accrochés sur son pourtour, ses 20-25 kg me font vraiment passer pour un escargot, ma grosse maison sur le dos. J'avance, je m'accroupis, je me lève, je marche pour chauffer un peu les muscles les plus sollicités. Un peu plus loin, un groupe de randonneurs m'informe que je me suis chargé pour rien. La neige n'étant pas suffisamment abondante, mes raquettes leur paraissent superflues. Même au sommet de cette Dent de Vaulion que je convoite, me disent-ils. Ils y sont parvenus sans soucis particulier avec de simples chaussures montantes.
Le sentier a plus l'air d'un chemin, il est même carrossable. En fait, il s'agit d'une voie utilisée par les services communaux pour l'entretien de la forêt. Par-ci, par-là, quelques touffes de neige arborent de manière très éparse le chemin que j'empreinte. Celui-ci traverse une dense forêt de conifères dont les habitants s'adonnent à un petit échauffement sportif en prévision des masses neigeuses qu'ils vont devoir porter tout au long de l'hiver.
Derrière moi, le ciel s'habille d'un voile rougeâtre. Je vais le louper ce couché de soleil, alors, dès qu'une trouée dans la forêt le permet, j'en profite et j'empoigne mon appareil photo pour tenter tant bien que mal de ramener un petit souvenir coloré de ma folie passagère.
Le poids du sac à dos se fait gravement sentir, les hanches souffrent à grande haleine, à se demander si le physique tiendra le coup ! Je décide de continuer tout en restant très à l'écoute des messages que mon corps m'adresse.
Le chemin se resserre, il devient sentier, plus escarpé et imprime une pente beaucoup plus prononcée. Les bâtons aident à accompagner et à soulager les cuisses qui bossent comme des dératées. La lumière naturelle se tamise, petit à petit, au rythme de la décroissance de notre astre solaire au-dessus du lac de Joux. Ses couleurs jouent entre le rouge braisé et le tout clair gelé.
Ce lac de Joux est très connu dans le coin. A 1000m d'altitude, il est le point de rencontre des patineurs voisins. Gelé dans son intégralité une bonne partie de l'hiver, on y voit aussi régulièrement des fondeurs, des randonneurs, des marcheurs ou encore des curieux. Je fus d'ailleurs un de ces derniers il y a quelques temps, et il est vrai que d'avoir à l'esprit qu'une partie de l'année, on est capable de se la péter comme Jésus le fut en son temps, c'est assez étrange ! Non, nous ne sommes pas au Groenland, ni au Canada, ou je ne sais encore quelle autre contrée reculée ou qu'il y fait très froid. Non, nous ne sommes qu'en Suisse, en pleine Europe occidentale, et cette étendue de glace est royalement accueillie par les locaux. Mais revenons à nos moutons, enfin, à mes moutons, à ma rando quoi…
Les arbres se resserrent, il fait de plus en plus sombre. La clarté de la lune éclaire, comme une piste d'atterrissage, le sentier maintenant totalement enneigé.
Tout est d'un calme bien isolant. Pas une once de vent, pas une précipitation, pas un bruit. La nature semble morte et déserte. Là ou d'habitude gambade une famille de chamois, aujourd'hui, personne, rien, il n'y a personne, il n'y a rien. Un calme foudroyant de tranquillité. Vraiment de quoi se ressourcer les neurones. Mais pas trop de relâchement pour eux, hein. Faudrait pas non plus qu'ils viennent à geler ;) Croyez-en mon expérience en la matière, on ne ressort en général pas indemne d'un givrage de neurones ;)
Alors que l'altimètre indique une progression assez constante, une clairière m'ouvre sa porte. Entourée de la forêt abritant la faune bien discrète, cette vaste étendue dénudée n'est pas aujourd'hui aussi impudique qu'à son habitude. En effet, elle se présente, devant mes yeux, voilée d'une belle couche de neige encore poudreuse. En son centre, elle arbore un fier sympathique et romantique petit chalet qui appel à la liberté. Trônant ainsi la côte vaudoise, il fait face à toute la chaîne des Alpes qui se montre comme soumise aux pieds de son Maître. Le sommet n'est plus loin, et afin de soulager mon dos, mes épaules, mes cervicales et surtout mes hanches, je confie à ce Roi local la petite maison accolée à mon dos depuis mon départ du parking. Enfin, avant de repartir, j'y prélève ma lampe frontale, le retour risquant de se faire en pleine obscurité.
Le sommet, je l'atteins en quelques dix minutes. Je suis alors aux côtés d'une antenne-relais GSM (souvenirs-souvenirs), juste à l'arrivée du téléski de la petite station de ski locale. Mes yeux tentent, tant bien que mal, d'oublier ces constructions humaines, et se figent sur la vue à 360° que le panorama propose. Le but du jeu, maintenant, est de s'orienter et de reconnaître les grandes et moyennes villes, dissociables uniquement par l'éclairage urbain et ménager. La clarté de la lune aide pas mal en illuminant les crêtes environnantes. Je me souviens qu'en journée, par temps bien dégagé, nous y voyons du Jura bernois aux Monts du Bugey d'une part, des sommets bien connus des Alpes au plateau du Doubs d'autre part, sans oublier, bien sûr, la vaste entendue de la Haute Chaîne du Jura. En baissant les yeux, le village de Vallorbe, comme protégé par la dent sur laquelle je gis, se fait porte vaudoise pour les frontaliers qui quotidiennement passent d'un pays à l'autre.
M'enfn, c'est bien sympa à contempler toute cette nuit tachetée du rose urbain et du blanc astral, mais ma tente m'appelle, j'ai du boulot avant de pouvoir me remplir le bide. Je redescends donc rapidement au chalet et m'attèle à installer mon domicile nocturne. J'en profite au passage pour passer un grand merci à ma lampe frontale, sans laquelle, il aurait été vain de tenter une telle aventure.
Les arceaux de la tente givrent direct à la sortie de leur sac. Il ne s'agit que d'un igloo estival. Je croise donc les doigts, gelés eux aussi, en espérant que les arceaux ne pètent pas lors de leur torsion. Une fois de plus, je peux être fier de mon matériel. Les arceaux tiennent le coup et je peux y installer la toile extérieure. Cette dernière gèle, elle aussi, très rapidement. Je sens que la nuit va être fraîche. Mes doigts sont tout aussi glacés et le moindre accrochage banal est synonyme de blessure sanglante. Mais la tente est enfin plantée, je peux de nouveau protéger et réchauffer mes petits didix en remettant mes gants. J'installe le matelas autogonflant, mais celui-ci ne se gonfle pas. Je travaille donc des poumons pour remédier aux aléas des nouvelles technologies et tout de même ainsi m'offrir un minimum de confort pour ma nuit. Mais ce n'est que pendant celle-ci que je me souviendrai d'un conseil hivernal d'un actif du CAF (Club Alpin Français).
" En hiver, ne prendre que des matelas en mousse, non gonflables. Lorsqu'au petit matin tu chercheras à rouler ton matelas de glace, tu comprendras pourquoi."
Enfin, avant le dodo, une bonne ripaille et un bon Ricard rafraîchi au naturel sont les bienvenus. J'inaugure alors mon nouveau réchaud gaz/essence. Là encore je me souviens des conseils de mon ami CAFfeur.
"En hiver, le gaz gèle, pas l'essence. En connaissance de cause tu t'équiperas".
Je le confirme, lorsqu'en fin de cuisson, je ne retrouve pas la cartouche de gaz. Le froid et l'humidité l'ont totalement givrée, et la détente du gaz en sortie de cartouche a tellement accentué le phénomène que je redescendrai un gros glaçon.
Parfois, quelques bruits viennent ponctuer la tranquillité du lieu. Mon attention est alors attirée et ma frontale vient éclairer tous les alentours à l'affût du reflet de deux yeux, mais rien, je suis bien seul. Pourtant, je m'attends à la visite d'un éventuel renard affamé, prêt à presque tout, espérant pouvoir glaner une ou deux pâtes dans les alentours, quelques miettes de pain, un bout de saucisson tombé ou je ne sais quoi d'autre encore. Je m'attends aussi à la venue de quelques chamois plutôt accueillants. Et c'est là, que je me sens bien tranquille, alors que mon cœur battrait bien plus vite, que je serai beaucoup moins fier si j'étais dans les Pyrénées. Je pense en effet qu'un ours accepterait beaucoup moins sympathiquement qu'un chamois ou qu'un loup, que je m'installe, même l'espace d'une petite nuit, sur son territoire.
Il ne me faudra que peu de temps avant de me motiver à m'en remettre à mon sac de couchage. Il est tôt, mais là-haut, sans bouquin, lâchement oublié au boulot, les doigts trop froids pour maintenir un stylo qui me servirait à débuter ce récit, il n'y a pas grand-chose à faire. Je me déguise alors pour me mettre en condition. Je me la joue bibendum d'un côté, avec toutes ces épaisseurs qui me transforment en Mr. Univers de la descente de Big-Mac. De l'autre côté, je me prends pour un lapin à mettre des moufles au bout de mes pieds. Je suis beau à voir, mais profitez-en vite, parce que je me cache de suite dans mon douillet duvet. Bonne nuit à vous et à demain…
…Tiens, en tentant de trouver le sommeil, je me suis mis à penser que j'étais devenu Egyptien, telle une momie, emmitouflé, bras croisés, enfermé dans mon sarcophage. Sont pas très réjouissants ces nouveaux sacs de couchage…
… Mon altimètre/thermomètre indique -6°c. Je comprends mieux pourquoi je dois lutter pour m'endormir. Je m'enferme complètement et j'expire à l'intérieur du sac de couchage pour profiter de la chaleur ainsi expulsée…
… J'ai toujours froid, c'est dur, plus dur que pensé…
… Je me souviens alors d'une page WEB récemment visitée. Une page dédiée à l'isolation d'une maison.
Dites, vous sentez, l'été, lorsqu'à l'approche d'une rivière, un voile d'une douce fraîcheur vient réveiller vos sens ? Vous sentez le transfert de chaleur qu'il s'y produit ? Et oui, il s'agit bien de la rivière, qui, de part l'humidité de l'air ambiant, puise les calories que votre corps, plus chaud, a à lui offrir. En fait, l'humidité est bien plus gourmande en calorie que l'air sec. Elle est très forte pour venir vous piquer quelques degrés. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il est très important de recycler l'air de votre intérieur. En y évacuant le surplus d'humidité, vous augmentez votre confort pour une température ambiante plus basse. Il en est de même pour un sac de couchage, j'expire donc maintenant à l'extérieur, et je m'y sens mieux…
… Mieux, enfin, tout est relatif, le froid est tout de même bien percutant avec l'humidité de la neige sur laquelle je tente de dormir. Oui, ça fait plus de deux heures que je tourne dans ce lit de fortune, et je ne tiens pas endormi plus de cinq minutes avant que le froid n'ait raison de mon sommeil. J'ai beau lutter, rien n'y fait.
Demain, pour ne pas arriver trop tard au boulot, je me lève à 4h00, mais si je n'arrive pas à m'endormir rapidement, la journée de boulot risque d'être encore plus dure à assumer que ma nuit. Aller, dernière tentative…
… Impossible, j'y ai mis pourtant tout mon cœur, mais la raison m'invite à plier bagages pour rebrousser chemin.
Toujours ce lourd poids sur le dos, mais cette fois, c'est frontale en marche pour m'y retrouver sur ce sentier que je connais par-cœur. Malgré la bonne connaissance du terrain, je me retrouve souvent à ne pas être sûr du chemin emprunté. En pleine forêt, la clarté de la lune n'aide pas à s'y retrouver, d'autant que le brouillard que j'ai rejoint bloque la visibilité à un petit 10m...
Enfin, au loin, j'aperçois une lumière réfléchie qui répond au faisceau de ma frontale. C'est la plaque d'immatriculation de ma voiture. C'est le signe d'une bonne nuit, au chaud, sur un vrai lit, sous une vraie couette. C'est le signe d'une bonne douche, bien chaude, bien agréable…
Au retour at home, et par soucis de curiosité, je regarde de plus près la housse de rangement de mon sac de couchage. Il y est marqué : T° de confort +20°c, T° limite +12°c, T° extrême +5°c. Je sais maintenant quel cadeau je vais prochainement m'offrir ;) Chouette, 270 Euros de plus qui s'envolent en plumes…
TED!